La RSE, un levier pour une transformation digitale durable
COMPRENDRE LA RSE à l’ère du digital
Comment les projets de digitalisation peuvent-ils être conçus et mis en œuvre de manière à non seulement soutenir les objectifs business, mais aussi à renforcer la démarche RSE de l’entreprise ?
Création de valeur durable
Une entreprise dans une démarche RSE (responsabilité sociétale des entreprises) va volontairement intégrer des pratiques plus éthiques et plus durables dans son mode de fonctionnement de façon à contribuer aux enjeux de développement durable. Il s’agira d’adresser les impacts environnementaux, à savoir sobriété numérique, fabrication et recyclage des équipements, ou reconditionnement du parc informatique. Pour de l’impact sociétal, on traitera par exemple l’inclusion numérique, les conditions de travail (QVT), la protection de données personnelles ou encore l’éthique des algorithmes. L’entreprise peut aussi adresser sa gouvernance digitale en réexaminant la cybersécurité et sa conformité réglementaire.
L’entreprise a la possibilité de transformer ces défis en opportunités de création de valeur durable en intégrant la RSE à chauqe étape d’un projet de digitalisation. Les avantages sont multiples : engagement accru des parties prenantes (employés, clients, fournisseurs, investisseurs…) mais aussi amélioration de l’efficacité opérationnelle et renforcement de l’image.
La conception : une étape clef pour intégrer une stratégie Green IT dans son projet de digitalisation
Pour bien faire, il faut intégrer la RSE à chaque étape d’un projet de digitalisation. La phase de conception va permettre de définir les objectifs RSE du projet et de faire les bons choix. Cela débute par une analyse de risques et opportunités RSE puis la définition d’objectif SMART qui pourront être suivis par des indicateurs. Les objectifs peuvent être par exemple au niveau de consommation énergétique des data centers ou bien une ambition d’accessibilité numérique. Cela aboutit à des choix technologiques en privilégiant des solutions moins énergivores, des fournisseurs engagés et proches géographiquement, des prestations d’hébergement sécuritaires et locales.
C’est aussi pendant la phase de conception que les entreprises se réalignent sur leur raison d’être, insufflent un sens nouveau à leurs processus et reconnectent les équipes à l’importance de leur rôle au sein de l’organisation. Ce travail fondamental, trop souvent relégué au second plan, est pourtant la clef d’une appropriation réussie des outils par les collaborateurs, écartant le risque d’une transformation subie.
Pour les entreprises, passer d’un modèle centré produit vers un modèle centré valeur est cruciale. Cette démarche implique de reconnaître les effets positifs externes qu’elles produisent, de cerner leur rôle dans l’écosystème, et d’ajuster leur proposition de valeur en fonction. C’est à travers cette transformation que la RSE devient un moteur essentiel de performance durable.
LA MISE EN ŒUVRE POUR Concrétiser la stratégie numérique responsable élaborée en phase amont
L’éco-conception logicielle agit sur le plan sociétal et environnemental. Avec pragmatisme, les besoins sont examinés pour ne garder que les fonctionnalités utiles et éviter les « usines à gaz ». Il s’agit de simplifier pour aller à l’essentiel, n’oublions pas que 70% de celles demandées par les utilisateurs ne sont jamais ou rarement utilisées. Optimiser le code va réduire le besoin de puissance de calcul, mémoire et stockage, et in fine le volume de matériels nécessaires. Cela va diminuer l’impact de la phase de fabrication des équipements et, dans une moindre mesure, la consommation énergétique en fonctionnement1. L’entreprise ne codera pas toujours, certes, car cela sera peut-être le rôle de l’intégrateur, mais ses accompagnateurs et elle-même peuvent simplifier. Elle peut également limiter le nombre et la taille des images et tendre vers un graphisme sobre et frugal.
C’est aussi dans la phase de mise en œuvre qu’on peut appliquer les principes de « Privacy by Design » où la protection de la vie privée est intégrée dès la conception et les principes d’accessibilité numérique où les outils sont accessibles à tous, y compris les personnes en situation de handicap. Enfin, il s’agit d’acculturer les utilisateurs et de les accompagner pour une meilleure utilisation (responsable) et éviter la fracture numérique au sein des collaborateurs en favorisant l’adoption de ces nouveaux outils.
LA PHASE EXPLOITATION POUR SUIVRE ET AJUSTER
Enfin, la phase d’exploitation annonce l’amélioration continue. Il est possible de suivre les performances RSE en se référant notamment aux objectifs et indicateurs fixés lors de la phase de conception (par exemple : adhésion, bien-être, consommation énergétique). Et puisque les équipements ont le plus gros impact écologique, l’entreprise peut planifier leur fin de vie et privilégier le reconditionnement.
Exemples d’impacts positifs de la digitalisation sur la durabilité environnementale
Un premier exemple sont les plateformes de traçabilité blockchain dans l’agroalimentaire ou le textile. Les entreprises de l’agroalimentaire utilisent la blockchain pour tracer l’origine des produits alimentaires, de la ferme à l’assiette. Au-delà de la transparence accrue sur l’origine des produits, la blockchain réduit le gaspillage grâce à une meilleure gestion des stocks. En 2019, le Groupe Carrefour a démarré cette technologie pour le poulet d’Auvergne puis a intégré d’autres filières telles que le saumon de Norvège et le fromage Rocamadour AOC. Dans le textile, des marques telles que Longchamp, Petit Bateau, Le Slip Français, expérimentent la blockchain pour garantir la traçabilité des matériaux et les conditions de fabrication via la visibilité des fournisseurs.
Autre exemple : les « smart grids » ou réseau électrique intelligent4. Des entreprises énergétiques, telles qu’Enedis en France via les compteurs Linky, utilisent des capteurs et l’analyse de données pour optimiser la distribution de l’électricité, réduire les pertes, intégrer plus efficacement les énergies renouvelables et encourager la consommation responsable chez les particuliers et les entreprises.
Exemples d’impacts positifs de la digitalisation sur la durabilité sociétale
Un exemple probant est l’utilisation de l’IoT (Internet des Objets) dans les usines pour améliorer les conditions de travail et la sécurité des travailleurs. Des capteurs connectés peuvent surveiller les conditions environnementales (température, gaz dangereux), détecter des mouvements anormaux des machines, ou équiper les travailleurs pour alerter en cas de danger. L’impact RSE de l’IoT est direct : réduction des accidents du travail, amélioration de la santé et de la sécurité au travail5.
Enfin, des entreprises comme Microsoft6 investissent dans l’accessibilité de leurs produits (logiciels, systèmes d’exploitation) pour les personnes en situation de handicap. Cette inclusion numérique se traduit par des lecteurs d’écran, du sous-titrage automatique, l’accès vocal, etc. Ainsi, dans la phase de conception, les entreprises peuvent donc choisir des solutions accessibles.
En conclusion
La digitalisation devient un puissant catalyseur de la RSE à condition d’être menée avec intention et éthique. La RSE peut et doit même faire partie intégrante d’un projet de digitalisation, et ce, dès son lancement. Afin de maximiser l’impact positif de cette transformation digitale sur la RSE, il est crucial d’adopter une approche collaborative en interne comme en externe, sous l’impulsion et la coordination d’un pilote de la conduite du changement.